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par  Savino COPETE

Chroniques

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Galerie d’anciens projets à redécouvrir,  collection d’objets détruits, projections d’expositions à jamais oubliées.  

Projet Tribulum (2000)

Tribulum ou Planche à battre en bois avec éclats de silex incrustés

Provenance : Espagne

Années 1950

Dimensions: Hauteur 1,80 m - Largeur 0,80 à 1,10 m - Épaisseur 0,10 m - Poids 50 kg environ


Mon tribulum ou planche à battre (en espagnol Trillo ou Trilla) est un ancien outil agricole utilisé pour séparer le blé de l’ivraie. Il est l’équivalent du fléau. Il est très répandu dans tout le bassin méditerranéen. J’en ai vu en Turquie, de dimensions plus modestes et vendus aux touristes comme objets décoratifs.

La face avant, recouverte de silex, est contre le sol. La planche est tractée par des animaux de trait (ânes, bœufs, vaches, mules ou mulets, rarement chèvres ou chiens) qui passent directement sur des gerbes de blés séchées, étendues sur une piste de battage circulaire (Herra). Après quelques heures de travail, les tiges sont hachées et le grain séparé de l’épi. La paille ainsi obtenue est utilisée comme fourrage ou litière ou encore mélangée à de l’argile pour la fabrication de briques. Il faut ensuite éventer pour récupérer les grains de blé.

Combien de tours de piste dans une journée ? Souvent, le paysan fixait une chaise sur le dessus. J’ai le souvenir d’en avoir vu en fonction jusqu’à la fin des années soixante.

Les planches à battre espagnoles étaient fabriquées dans des ateliers spécialisés, car la taille du silex incrusté exi- geait un savoir-faire particulier, transmis de père en fils.

L’aspect rustique et rudimentaire de cet outil peut surprendre. Cet outil est utilisé depuis des millénaires, et sa forme n’aurait que peu évoluée.


Mon Tribulum a sans doute été réalisé dans les années cinquante et trouvé dans un petit village espagnol, Peñascosa, province d’Albacete, région de Castilla-La Mancha où je venais rejoindre mes parents chaque été. Ramon, son propriétaire, plombier invalide, était un ami du vil- lage. Il me considérait comme un genre de fils idéal avec qui on peut avoir un peu de complicité. Il avait en effet un garçon, plus jeune que moi, et se plaignait souvent de lui, de son manque de courage face à

la vie, de ses travers de post-adolescent dans les jupes de sa mère, de tous les défauts que peut attribuer un père abandonné à un enfant en errance. Ramon avait eu le courage de récupérer la trilla qu’un paysan laissait pourrir dans son champs et l’avait accrochée au plafond de son petit garage-atelier. Elle me fit une impression incroyable lorsque je

la découvris, une rare émotion esthétique. Il me l’a fallait absolument.

Il fût étonné de mon admiration pour ces quelques planches de bois devenues inutiles (pourquoi un artiste pouvait-il s’intéresser à un objet agricole?) mais en même temps surpris qu’un petit français s’intéresse à l’histoire locale et paysanne. Il faut dire que mon approche avec les gens a toujours été naïvement positive, parfois pseudo-ethnogra- phique. Il finit par céder à mon insistance post-coloniale et me la pro- posa en échange d’un étau rotatif en fonte. Je tins parole et lui amenais son étau l’été suivant. Il était pas beau, un premier prix, fabrication des ex-républiques soviétiques. Il était déçu, il s’attendait à une qualité allemande. Pour moi, cette trilla n’avait pas de valeur tellement elle me fascinait. Que vaut un troc pareil ?


A vue de nez, mon tribulum compte 376 pointes de silex (certains ont en plus de 3 000).

C’est un outil agricole d’une force esthétique impressionnante. L’objet parfait, utile et agréable à regarder. Certes, encombrant. Il est aussi l’objet-type d’une création ex-nihilo, la synthèse parfaite d’une nécessité fonctionnelle et d’une patience improductive : bois de pin sylvestre de ma forêt et galets de la petite rivière qui irrigue les potagers, ce que donne Ma Terre (Mi Tierra), au pied de ma maison, parce que j’en ai besoin. Ma terre, Mi tierra : mon pays, ma région, ma contrée, mon village, le poids de ce mot, si souvent prononcé par mes parents, a toujours révélé leur appartenance inébranlablement sincère à un royaume oublié et éveillé une nostalgie de leur jeunesse ébranlée par la rupture de l’exil.

Ce tribulum a été le point de départ d’une posture artistique que je poursuis encore quelquefois : faire avec ce que me procure un environnement (aujourd’hui surtout urbain). J’avais pu sauvé quelques planches de trilla que les paysans «tractorisés» laissaient pourrir lentement aux bords des champs, comme s’ils tenaient leur revanche de tant de souffrances endurés par les caprices des puissants. Revanche d’une mécanisation d’avant-garde qui veut faire table rase d’un passé de misère. A cette époque, je collectais aussi quantités d’ocres naturels autour du village et me constituait une palette honorable de pigments colorés que je continue encore à utiliser. Je réalisais quelques installations anonymes et éphémères dans la forêt, en recouvrant d’une peinture industrielle bleu-dégueulasse des petits rochers ou des squelettes de brebis égarées. J’étais un français excentrique qui voulait repeindre la montage. Mes vieux amis du village auraient fait du fromage de chèvre ou des pâtés.

D’un point de vue formel, j’admire l’alliance bois et silex de la planche. Le travail artisanal de la répétition des trous-encoches et la disposition des silex produisent une vibration esthétique unique. L’encoche (qui permet de fixer le silex) semble être le résultat d’un geste artisanal facile (sans vouloir dénigrer cette compétence). Le geste produit visuellement un trait, de trois à cinq centimètres, constituant au final une matrice de traits-pointillés, matrice qui évolue et s’adapte aux matériaux ou aux objets que j’ai sculptés par la suite. Ces réalisations ont été nombreuses tant ce dispositif artisanal m’a paru simple à reproduire.

J’ai utilisé plusieurs variantes de ce mécanisme matriciel : traits-encoches réalisés manuellement avec une gouge, points-trous produits avec une perceuse, étoiles-poinçons, croix-ciseaux à bois. Ces gestes patients et répétitifs qui produisent des marques primaires, me transportent hors du temps, hors du moment de la création, tout comme, j’imagine, le menuisier qui trace les entailles sur la trilla ou le paysan qui tourne et tourne sur la piste circulaire. Il est admirable de ne penser à rien. Technique ancestrale d’énumération, de comptage, prémices de transes ?

Cet hors-du-temps, ce moment où j’en oublie le geste technique, alimente un réseau de concepts qui renvoie à des organisations sociales : par exemple, j’imagine mes marques qui dialoguent entre elles. Chaque trou ou en- taille devient une entité unique mais trouve son sens d’exister seulement en rapport aux autres. Une société. Seule la matrice sociétale peut être harmonie. Petit trou est aussi primordial que Gros trou suivant le moment de leur naissance, dépendant de l’agencement hasardeux de la geste créative. Mon petit monde de trous, points ou croix est idéalement juste, puisque j’en suis le père. Il est hasardément harmonieux, car bien prétentieux de se considé- rer comme le bon créateur. J’estime les trous, les plus petits anonymes de ma communauté.

Et que sommes-nous tous ? Des traits, des croix, des pointillés, des trous, des vides, des néants ou des anéantis ?

Album PANINOS (2004 - 2026)

Album de 51 feuillets - format A4

Inspiré de ma collection de vignettes de footballeurs et agrémenté de photos retouchées et de transferts d’images.

Album commencé en 2004, repris et terminé en mai 2026.

Carrelages (1990-1995)

Série des années 90, frénésie du recouvrement, recherche sur la matérialité. La série des mannequins et nos corps enfermés. Envie explosive de me libérer.

Matériaux utilisés : carrelages divers, tuiles, objets récupérés, cadres, cartes électroniques

Dimensions : tableaux de 30 x 30 cm environ jusqu’à 100 x 70 cm - Sculptures: hauteur mannequins 40 à 150 cm environ

La plupart des sculptures et tableaux n’existent plus.

J’arrive pas à m’encadrer (1990)

Série des années 90, Recherche formelle d’encadrements. Je m’intéressais plus à l’effet du cadre que de la peinture à encadrer. 

Matériaux de recyclage : verres colorés, planches de chêne, carrelage, bambous, tapisserie.. Dimensions 50 x 50 cm environ pour les plus petites. La majorité des cadres a été détruite.. 

Il me reste les petites peintures, acryliques sur carton-toile.

Technique mixte

Premières recherches fin années 80. Oeuvres détruites. Dimensions variables (1,50m  pour la plus haute)