[mon] histoire

CONTRE C.V.

Aimable, créatif et singulier, 

Rebelle et solidaire,

Autodidacte en dilettante,

Laissez-moi être Savino Bravo Copete

PREMIERS FAUX-PAS


Gosse de pauvre, j’ai toujours bossé pour manger. Alors pourquoi essayer à tout prix de vivre de son art? 

En début de carrière, j’ai vendu deux toiles au gardien d’immeuble où j’avais mon atelier. J’étais fier qu’il soit un « homme du commun », un  non-initié à l’art. Le soir même, le pauvre homme s’est pendu. Avait-il commis l’irréparable à cause de mes horribles tableaux qu’il ne m’avait pas encore payés. Etait-ce son dernier acte humaniste - faire plaisir à un jeune artiste sympathique - avant de quitter ce monde ? Ou était-il secrètement amoureux de moi ?

Une fois, j’ai exposé mes premières estampes dans un centre médical et social de La Croix Rouge dans le 20ème arrondissement de Paris. Un type a volé la moitié des tableaux. La Croix Rouge m’a indemnisé . Ça m’a aussi rassuré : «il les a volé parce qu’il trouvait ça beau !» , me disaient mes amis.

Une autre fois, j’ai exposé dans un centre d’art contemporain en région parisienne avec des artistes super connus. Un groupe d’élèves en visite a abîmé une de mes sculptures. L’assurance de l’exposition a déboursé. Ce sont les seules fois où je me suis fait un peu d’argent avec mes oeuvres. 

J’ai très peu montré, parce que le monde professionnel de l’art est cruel et décevant. Je n’aime pas les discours, je n’aime pas m’entendre parler et j’ai le syndrome de l’imposteur, un complexe d’infériorité de « l’intellectuel du milieu défavorisé ». J’ai emmené pour la première fois mon père dans un musée pour ses 60 ans, voir l’expo « Les derniers Picasso » à Beaubourg. Il n’arrivait pas à distinguer les figures des tableaux et ne voyait que des tâches de couleur. J’ai compris que j’avais un autre combat à mener.


La PEINTURE m’a fait renaître, et la SCULPTURE ensuite m’a confirmé une énergie dévorante. La pratique de la PHOTOGRAPHIE est venue s’inscrire dans un contexte de révolte permanente et silencieuse, et a encouragé ma pratique d’amateur. Je pratique la photo comme un enfant qui découvre. C’est un jeu permanent. Un jeu du trouble, du flou, de masses colorées. Un défi sur la netteté. Etrangement, la photographie me redonne goût à la peinture.

«-D’où tu viens? - Je ne sais plus

- Où tu vas? - J’avance, mais pas tout droit.

- Pourquoi la nuit? - Parce qu’il n’y a jamais de brouillard ici, parce que le soleil fait mal aux formes, parce que la nuit, c’est un silence entre deux jours, parce que la pénombre révèle les fantômes de ma solitude et optimise le plaisir de ma création. La nuit, je retrouve l’œil premier du photographe, le geste du peintre qui rit comme l’enfant. J’aime la nuit, la ville, et la femme qui m’attend impatiente dans mon lit…»


J’habite un pavillon de la banlieue bordelaise, d’une classe populaire qui n’aurait rien à dire. Dans l’anonymat de « l’eouvrier » qui n’a d’ailleurs rien à cacher. Lorsque la maison a été cambriolée l’année dernière, les voleurs n’ont pris aucune de mes oeuvres. L’époque n’est plus ce qu’elle était !

EN SITUATION - Désastre (1987)


Première installation dans le parc de la cité universitaire Jean Zay à Antony (92). 

Christ en croix avec deux fidèles. Scènes de la Cruxifiction. Je suis athée, mais je trouvais ambigu de me comparer à un artiste cruxifié. Sculptures en bandes plâtrées et objets récupérés repeints (circuits électroniques, ferrailles, portes de voitures, poutres, …).

J’ai créé ma première mise en situation où je jouais un artiste sacrifié masqué. Le personnage masqué qui transperce le christ est joué par Frédéric Taddei, membre du collectif  que nous formions à cette époque.

Le lendemain, je retrouvais l’installation totalement saccagée. Il faut dire que mon Christ était un peu provocateur !

Alors apparurent les cadavres agonisants ou disloqués, leurs yeux éparpillés parmi les débris de verre, leur sang coagulé en peintures synthétiques, leurs os transformés en poussière artificielle, graves momies soutenant un langage désarticulé. Flaques blanches et scintillantes indiquaient l’organisation du crime, rebonds aléatoires de balles colorées qui finirent leur course effrénée sur un mur qui voulait porter la paix. Tout fût détruit dans un moment précis du choc entre deux matières incompatibles : fusion d’atomes de chairs conditionnées et de matières ouvertes.

LABYRINTHE (1988)


Autoportrait : révélation de la mise à nu



Labyrinthe est mon premier manuscrit, un jaillissement libératoire. Y était inclus un poème érotique en vingt poses qui se terminait par une masturbation sous cellophane.

TARIFS SOLIDAIRES

C’est LE sujet de discorde entre mon idéal et  la réalité du marché de l’art. Certains verront  cette décision comme un pur suicide pour ma carrière. 

 

« - Bonjour, je veux que les potentiels acquéreurs puissent acheter mes œuvres en fonction de leur revenu !

- Mais vous êtes complètement  débile cher Monsieur ! Vous pensez vraiment que  les règles du Marché  vous permettent de telles inepties?  Pourquoi mettre en doute ceux qui sont les plus aptes à vous aider ? »

Depuis le début,  j’y pense : comment rendre possible l’accès à l’art aux personnes les plus modestes ? Pour les artistes qui adhèrent au concept de « l’art par tous et pour tous », qu’est-ce qui nous empêcherait d’inventer de nouvelles pratiques d’accès à l’art, y compris dans l’acte d’échange ?  Les tarifs solidaires sont ma petite contribution à la cause, même si je sais que je peins des horreurs et que je doute qu’une seule personne veuille se prêter au jeu. Je suis aussi pour le troc ou l’échange d’oeuvre.

J’ai simplifié  le barème ci-dessous, mais le principe est toujours le même : la matrice est composée de tranches de revenus (trois + une ligne « institutions ») et de sept « valeurs d’importance que j’accorde à l’œuvre » appelées « Coefficient Artistique (C.A.) ». Ce coefficient est composé de valeurs subjectives (importance de l’oeuvre pour moi) et objectives (temps de travail passé et coût des matériaux) qui déterminent ainsi un Prix de Vente Socialement Correct (P.V.S.C.).
Mes premières grilles tarifaires s’inspiraient fortement de notre déclaration de revenus.

BUNKER (1989)


Installation sauvage et éphémère sur les dunes de Zuydcoote (59)

EN SITUATION (1990)


Copete / Machine à Lavier



Années d’art conceptuel où Bertrand Lavier exposait ses superpositions d’objets, en particulier son oeuvre Brandt/Haffner (un frigidaire posé sur un coffre-fort). Une réflexion sur l’oeuvre d’art et son statut, un prolongement du ready-made duchampien, objets choisis pour leur qualité formelle….

Moi, j’avais fait erreur en l’interprétant comme un discours sur la domination des riches assis sur les pauvres - ce que la forme inversée de l’oeuvre - coffre-fort/réfrigérateur - relèverait. Les revues d’art se délectaient du miel intellectuel qu’elles en retiraient.

En fait, ce qui m’avait révolté, c’était cette apothéose du « méta-langage » de l’art que glorifiait la presse spécialisée, forme d’expression exemptée de tout encrage social. Moi, je voulais y voir une force poétique autour d’une fatalité sociale dénoncée. 

Je voudrais passer du temps à analyser ces phénomènes esthétiques de récupération ou de désamorçage social. 

Je m’intéresse aux contre-cultures, aux contre-forces, aux contre-pouvoirs, aux contre-oppositions, au contre du contre-tout. Du coup, mon petit Copete sur Lavier tombe à l’eau et sonne un peu prétentieux !

GUERRE ET PAIX (1991)




Enfant, j’ai beaucoup aimé confectionner des maquettes (surtout des avions). Lors de la première Guerre du Golfe (1990-91), j’ai organisé une exposition personnelle dans mon atelier présentant une dizaine de maquettes de mises en scène cyniques de la guerre : une vache broutant à côté de cadavres déchiquetés, des moutons dans un cimetière, un monument aux morts avec des slogans anti-guerre, des soldats attaquant une caravane de touristes, d’autres encerclant un dinosaure dans une vitrine, des ballets belliqueux, …  Et accrochés aux murs, des tableaux-objets et des plans d’attaque stratégiques oniriques. 

Dans une des maquettes, j’avais imaginé un mur avec un soldat fusillé par un mini-canon. Mes potes de mon adolescence à Valencia m’avaient appris à confectionner des canons miniatures pour tuer lézards et araignées. Le fût du canon était un embout de  baleine de parapluie. On ajoutait le ressort de serrage d’une pince à linge pour le pied du canon. On bourrait l’embout avec des têtes d’allumette (on vendait à l’époque des allumettes qui s’allumaient sur toute surface, comme celles des westerns). On rajoutait ensuite un petit plomb de pêche pour le boulet. On chauffait à blanc le canon avec un briquet et le coup partait.  C’était totalement jouissif. 

Comme dans la vraie guerre, les maquettes ont été détruites. Mon ami Gérard avait fait une vidéo de la scène du soldat fusillé qu’il ne m’a malheureusement jamais donnée.

PERFORMANCE SOUSTERRAINE (1991)


Lettre à Mme Mordacq, Responsable des aménagements culturels, Service Communication de la RATP, 53ter, quai des Grands Augustins 75006 Paris, restée sans réponse (je comprends pourquoi) :


Madame,


Permettez-moi de solliciter auprès de vous une autorisation d’emplacement dans un couloir du métro pour la réalisation « d’une installation artistique ».


Je suis un jeune artiste autodidacte (vous trouverez ci-joint mon C.V.) et ma démarche, liée à ce projet, me conduit à vous demander l’autorisation d’occuper pendant une seule journée un emplacement dans un couloir fréquenté d’une station de métro.

Brièvement, mon projet consisterait à s’exposer, moi-même et une de mes oeuvres (un mannequin-sculpture dont je vous envoie la photographie), dans un couloir du métro, et simuler à l’aide d’une petite pancarte manuscrite une scène de mendicité.

Au détour d’un couloir, ce mannequin recouvert de carrelage blanc, sur charriot à roulettes et traînant sa misère, pourrait surprendre et provoquer une réaction de la part de quelconque usager. C’est une situation « surréaliste » qu’il faudrait vérifier et filmer. 

En fait, il s’agit pour moi d’affirmer deux revendications essentielles : 

- la première est de vouloir faire participer le spectateur dans une situation totalement imprévue et ambigüe, puisqu’il s’agit de lui faire jeter une pièce de monnaie après avoir vu l’oeuvre. Autrement dit, de le faire payer pour avoir vu. Jeu et spectacle à la fois, le public est ainsi sollicité, voire provoqué, par cette demande et attente : l’affirmation écrite « On a faim, merci » conduit à une participation gestuelle. Mais ce geste participatif qui consiste donc à jeter une petite pièce d’argent dans l’oeuvre d’art même (dans le charriot à roulettes), les rapprocheront-ils véritablement ? Il y a ce geste qui solidarise mais qui dénigre l’oeuvre d’art même.

- la seconde raison, c’est de vouloir montrer autrement, « rendre l’art vivant », c’est-à-dire essayer de retrouver un certain sens du contact entre un public non sélectionné et mon oeuvre. D’où l’importance de choisir un ESPACE PUBLIC et COMMUN (au contraire d’une galerie d’exposition ou d’un musée où cette performance serait vide de sens de part le caractère privé et de la fonction spécialisée du lieu. Le choix du mannequin, réplique figée de l’humain, vérifié cette hypothèse, cet objet-sculpture redonnant toit son sens à ce « lieu d’exposition ». Car il ne s’agit pas d’y montrer un tableau, objet de consécration artistique, mais un homme réaliste représenté dans une situation décalée.

Voilà, en quelques mots, les raisons qui me poussent à vous contacter et qui, je l’espère vraiment, vous convaincront de m’accorder cette autorisation d’emplacement pour une seule journée.


En attendant de vous rencontrer pour de plus amples explications, veuillez croire, Madame, à l’expression de mes salutations distinguées.


Sylvain COPETE

EN SITUATION (1991)


L’Artiste Croix



Photographie. Il y a aussi une vidéo (de Gérard), qui me filme portant une croix incrustée de verres et recouverte partiellement de laiton, assez petite pour être dissimulée sous mon pull. Elle se fixe par des lanières de cuir aux bras et à la ceinture. Je suis voûté. La Croix est un instrument thérapeutique, censé m’aider à me redresser.

HYPER EXPOSITION (1992)


Lettre à un Directeur d’hyper-marché (Carrefour d’Ivry-sur-Seine) pour une proposition d’exposition, restée sans réponse :



Monsieur le Directeur,


Je vous saurai gré de bien vouloir m’accorder un entretien au sujet d’une possible « exposition » dans votre magasin.

Je suis un jeune artiste-peintre (vous trouverez ci-joint mon curriculum vitae) et ma recherche plastique m’a conduit à prendre ce genre d’initiatives qui peuvent vous paraître audacieuses. Sans trop vouloir m’étendre, je dirai qu’une exposition d’art organisée dans une grande surface commerciale, c’est confronter d’une part une oeuvre artistique à un public non averti (quel art pour quel public ?) et d’autre part, c’est considérer le tableau comme une pure marchandise, à savoir : le tableau est-il un produit de consommation courante ? Comprenez simplement que c’est deux questions sont fondamentales dans le développement de l’art contemporain. Aussi, cette installation serait une véritable provocation pour le milieu traditionnel du marché de l’art. Dans cette logique du marché où toute création tend à devenir un produit de consommation, quelle place tient encore le tableau d’art ? Aurions-nous le droit de l’exposer dans un hyper-marché comme le vôtre ?

Techniquement, cette exposition nécessiterait une petite surface de rayonnage, car il s’agirait de présenter des oeuvres comme n’importe quel autre produit de consommation courante. Aussi ma sélection se limiterait à une cinquantaine de mes dessins ou totales n’excédant pas le mètre carré, et qui seraient emballés individuellement sous plastiques, présentés verticalement sur portant et étiquettes sous code-barre (un système analogue à la vente d’affiches). Cette installation durerait au maximum dix jours, à la date qui vous conviendrait le mieux et située dans le rayon « Animations saisonnières ». 

Je suis conscient des problèmes techniques (à ma charge) que cela pourrait représenter et je comprendrais votre refus. Cependant, je me permets de vous faire remarquer les retombées publicitaires de cette affaire, puisque j’enverrai un millier d’invitations auprès des journalistes spécialisés et des amateurs d’art.

En attendant une réponse favorable à un premier entretien, je vous prie, Monsieur le Directeur, de recevoir mes salutations distingués.

Sylvain COPETE

EN SITUATION (1993)


L’Artiste-Chaud



Je ne sais plus pourquoi j’ai posé avec ces deux artichauts dans ma cuisine. La pose est solennelle. Versions incontinence et trans. Quel est donc le symbole de l’artichaut ? 

INSTALLATION EPHEMERE (1994)

Parc de la Légion d’Honneur

CRDP Ile France, 1994


Réflexions autour d’une oeuvre in situ


Quatre colonnes flottantes et fragiles, hautes de quatre mètres et constituées de feuilles d’arbres récupérées dans le lieu même de l’installation…


(Voir plus)

BOUCLIERS (1995)


Mise en situation avec boucliers-capsules de bière et lance


Texte de l’auteur écrit à cette occasion: « Le travail de l’artiste ne devrait pas s’arrêter à la seule confection de ses oeuvres. Il doit engager son travail vers une réflexion générale qui n’acquiert de valeur qu’à travers le temps. Au-delà du travail d’atelier, il doit penser une démarche qui inclut et relie les phases de conception, de réalisation et de présentation de ses oeuvres.

Il lui faudrait donc éviter de déléguer cette dernière phase de son travail à des professionnels de l’art, qui disons le, aiment à entretenir une certaine « ambigüité », à maintenir une certaine distance entre l’oeuvre et le public. Il nous faudrait, nous autres artistes, abolir cette tyrannie qui consiste à vouloir transformer toute création en objet esthétique et consommable. Car la loi marchande dit que seul peut se vendre ce qui est beau et bien présenté.

Les boucliers que j’avais confectionnés me paraissaient posséder justement cette autonomie esthétique qui leur donnait à coup sûr une valeur marchande. J’ai donc décidé, en conséquence, cette mise en situation qui, pensais-je, pourrait détruire leur valeur intrinsèquement esthétique. Ces photos, qui maintenant les accompagnent dans leur présentation, veulent montrer qu’un oeuvre d’art est TOTALE. Ces boucliers sont devenus l’objet même du décor de mon imagination. Je n’ai pas simplement imaginé l’objet. Cette mise en scène, dérisoire et ultime, permet de conforter ainsi mon idéal d’artiste épris de liberté. »


EDITIONS (1997 - 2000)


Durant ces années, j’ai passé pas mal de temps à mettre en page des revues de poésie contemporaine et graph’zine avec mes amis Christophe Tarkos (poète) et Pascal Doury (artiste et éditeur) : 

Poézi Prolétèr 1 et 2, avec Pascal Doury, Christophe Tarkos, Kathy Molnar et Charles Pennequin

Patate 1, avec Pascal Doury. Production d’un CD audio avec Charles Pennequin (insert dans Patate 1)

Patate 2, titre posthume (2006). Dir. Sylvie Boulanger - CNEAI Chatoux

L’hypnotiseur soigne, avec Christophe Tarkos et Pascal Doury


MASCULINITE (2002)


Années 2000 de merde. Portraits tragi-comiques, auto-provocations amusantes, décors aseptisés de mon HLM d’Alfortville. J’en ai marre de ma vie parisienne. Trop fatigué pour aller à l’atelier. Je veux m’enfuir, loin et seul. Frustrations amoureuses, j’explore mon corps asexué. J’encaisse les morts successives de Pascal Doury (2001) et Christophe Tarkos (2004). Je me suis senti lâche et effrayé face à leur maladie. Putain de cancer.

Lettre à Jonas Delaborde pour sa thèse consacrée à Pascal Doury (2019)

« Bonjour Jonas,

Désolé de ma réponse tardive. Je vous avoue que j’allais pouvoir répondre facilement a vos questions, mais cela a réveillé une période de ma vie que j’ai voulu mettre de côté. Je vais essayer d’être le plus sincère avec vous, même si au bout de tout ce temps ma mémoire peut me faire défaut.


J’ai rencontré Pascal grâce à un ami commun, poète décédé en 2004 : Christophe TARKOS. Pascal s’intéressait à la poésie et autour de Tarkos gravitait un cercle de poètes comme Charles Pennequin, Kathy Molar, Nathalie Quintane… Tarkos était un ami que j’estimais beaucoup, que j’avais rencontré lorsqu’il avait décidé d’arrêter son boulot de prof d’économie pour se lancer dans l’écriture. Je participais à un collectif d’artistes en banlieue parisienne et avions amicalement accueilli Tarkos. Quelques temps plus tard, en 1997-98, j’ai aidé Tarkos à la maquette de plusieurs recueils de poésie (Poézi Prolétèr avec Charles et Kathy). 


Pascal que j’avais croisé à plusieurs reprises, me contacta pour son projet de revue ‘Patate’ à l’automne 1999 (?). Pascal était un homme très discret, plutôt réservé, attentionné et curieux,  un homme au regard très doux qui aspirait à la confiance. Lorsqu’il m’exposa son projet avec tous les avertissements possibles qu’il me donna, j’acceptais sans retenue en me tenant à mon rôle : celui d’un simple exécutant, possédant un peu de matériel informatique de PAO (Mac, scanner, logiciels Photoshop et Xpress) et pouvant aider en toute simplicité. 


Je n’avais aucune idée du passé de Pascal, de sa notoriété. Ce qui m’intéressait était de l'ordre de « l’expérimentation humaine », partir à l’aventure avec un homme qui semblait déterminé, pour découvrir l’autre afin de façonner un véritable dialogue à partir de rien. Cela aurait pu virer au cauchemar pour moi, mais Pascal avait beaucoup d’humanité et de tact.

Pascal détenait le secret de son discours, et pour moi il y avait un malin plaisir à ce qu’il reste caché.


Le projet Patate n° 1 s’est déroulé dans mon deux pièces de banlieue, lors de longues soirées d’hiver. Nous travaillions tous les deux, Pascal chez Libération et moi dans un studio de Voix Off (d’où le CD du Patate 1 enregistré avec Charles Pennequin). Aussi, nous nous rencontrions surtout les week-end. Nous alternions entre rencontres où Pascal me laissait les originaux que je devais scanner et séances de mise en page, directement sur l’ordinateur. J’attendais avec impatience quelle suite Pascal décidait de donner à cette succession d’images et de textes. Cela n’a jamais été un travail pesant, comme si le sens de ces matériaux n’avait aucune importance morale. Lui comme moi avions une certaine forme de détachement, de façon implicite. Sans doute avec des postures différentes.


Sa documentation était précieuse, provenant de ses amis et connaissances du milieu artistique qu’il fréquentait. 

La plupart des photos de "faits divers » (suicidés, monstres,…) provenaient de la photothèque de Libération qu’il dépouillait gentiment! Je ne connais malheureusement plus l’histoire de toutes ces photos. Parfois, il me donnait les clefs du contexte des photos et cela prenait tout son sens politique.


Il avait un sens parfait et perfectionné du montage graphique et j’avais une bonne maîtrise de la PAO. Nous étions dans une recherche constante de "jouissance graphique", Pascal par les idées et moi par les moyens. Il avait envie de jouer, de repousser les limites de l’outil informatique et moi je jouais sa partition. Pour moi, c’est un véritable processus de création graphique expérimental. Cela n’empêche pas d’avoir une grille graphique en tête, comme une base de référence. 


Il y a eu une vision commune de l’art qui nous a réuni et qui s’est formulée progressivement pour moi : quelles sont les limites morales de "l’esthétiquement acceptable" que nous pouvons nous autoriser ? Il s’agit d’une posture rebelle et provocatrice qui interroge sur les expressions périphériques d’un cercle normatif, sur les discours cachés d’une société libérale qui se dit tout accepter.

Il y a aussi dans Patate un univers que Pascal m’a fait découvrir : le dessin d’adolescent. Il disait que « les dessins des adolescents sont les plus vrais dans leurs discours et leurs expressions ». Peut-être était-ce somme toute une expression d’une préoccupation d’un père de famille confronté à l’adolescence de sa fille ?

 

Quelque temps après (?), Pascal a préparé une belle exposition à la galerie des Frères Donguy. Il avait peint au sol de nombreux visages de personnages préférés que les visiteurs pourraient piétiner. Il avait proposé des prix bien trop élevés pour que les gens ne puissent pas les acheter. Dixit Pascal.


Il était devenu évident, avec tous ces ressentis et non-dit, de faire un numéro 2 de Patate. J’ai encore en mémoire notre dernière rencontre, où Pascal déjà très malade m’avait remis en hâte « Le dossier ». La fenêtre de sa cuisine donnait pathétiquement sur le cimetière de Bagneux. Je voulais naïvement croire qu’en débutant ce second tome, je pouvais le sauver.


L’achèvement du Patate 2 a été un véritable calvaire pour moi. Pascal nous avait tous laissés dans le désarroi. Personne ne détenait les clés pour ce numéro. J’étais dans le déni des autres. Il a fallu des décisions courageuses de Sylvie Boulanger du CNEAI pour faire aboutir cette "grosse Patate". Je vous invite vivement à la contacter si ce n’est déjà fait. Elle a beaucoup oeuvré sur la succession de Pascal avec sa fille Dora. J’espère qu’elle a réussi à sauver l’appartement à Bagneux et les oeuvres de Pascal. »

ANONYME ET PROLETAIRE DE L’ART (2004)

Pierre Souchaud, alors Directeur de la publication de la revue ARTENSION, me propose une double-page dans le numéro 12. Je lui propose une mise en page originale, combinant portraits en caleçon et petites proses de mon quotidien frustré et déprimant parisien et que je signe Jean Anonyme. Extraits …

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PARCOURS

Mon père était ouvrier dans une usine de produits chimiques de merde. J’habite un HLM, mais vue sur la Seine.

Au collège, j’étais secrètement amoureux de ma prof de dessin.

Mon père, il a appris tout seul à lire et à écrire l’espagnol.

Il conduisait des ânes, et à l’arrière des charrettes, il lisait à haute voix les livres d’école. J’étais destiné à devenir ingénieur en produits chimiques de merde.

A 23 ans, j’ai réussi le concours d’entrée aux Beau-Arts Paris.

Je savais ce que je voulais faire.

A 24 ans, j’ai quitté les Beau-Arts. Je ne savais plus comment faire.

Je suis autodidacte parce que je suis libre.

J’ai emmené une fois mon père voir une expo de Picasso. Il n’était jamais rentré dans un musée. Il n’arrivait pas à distinguer les figures.

J’ai toujours bossé pour manger.

JE NE VENDS RIEN PARCE QUE JE NE MONTRE RIEN.


J’ai vendu mes deux premières toiles à mon gardien d’immeuble.J’étais fier que ce soit un travailleur. Le soir même il s’est pendu. J’espère que c’était pas à cause des toiles. Il ne m’avait pas payé. Une fois, j’ai exposé dans un centre médical et social. Un mec m’a volé la moitié des tableaux. Ils m’ont indemnisé quelques francs. Ca m’a aussi rassuré: «il les a volés parce qu’il trouvait ça joli!» Une autre fois, j’ai exposé dans un cente d’art contemporain avec des artistes super connus. Un groupe d’élèves en visite m’a explosé une sculpture. L’assurance de l’exposition a déboursé. C’est les seules fois où je me suis fait du fric avec mon travail.

Aujourd’hui, j’ai quelques convictions. Par exemple : 

Tu combattras le « Marché »

Tu ne seras pas professionnel

Tu ne feras pas dans la révolte amère

Tu ne vendras aucune œuvre signée.

ANONYME

Une œuvre, pour qu’elle soit contemplée, n’a pas besoin d’auteur. Tout le monde pourrait dire cela. L’anonymat est une attitude de résistance à la marchandisation de l’art, à la mise en spectacle des artistes. C’est une humilité retrouvée. C’est l’orgueil du pauvre. C’est un effacement personnel obli- gatoire pour le compte de la collectivité. Seule l’œuvre doit parler. Elle pose par elle-même les règles du jeu: quelles dispositions prendrez-vous pour la regarder? C’est vous seul qui pourrez répondre.

«Anonyme, jamais tu ne seras célèbre» disait ma mère. «Artiste, c’est quoi ce métier de riche?» rajoutait-elle. Alors je milite pour le dilettantisme, j’ai le rêve du bricoleur du dimanche et je crois à la poésie du quotidien; alors la médiatisation de mon art n’a pas

d’importance.

Seule l’attitude compte, la disposition à imaginer, la sublimation des pressions alié-

nantes. C’est une affaire de vouloir, non de pouvoir. Ne cherchez pas l’exemplarité sauf si vous en avez besoin.

«... Il voulait simplement un territoire, digne de lui et de ses amis, mais ils sont deve- nus seuls, et à force de se parler à eux-mêmes, ils ont oublié d'agir. Ils périront dans

l'agonie du silence.

Alors, Combattre quoi? LE SILENCE DES VAINCUS N'EST-IL POINT UN SECRET ADMIRABLE?»

QUOTIDIEN

Je n’en peux plus. Je me suis asséché. A force d’attendre la gloire. A force de prendre des coups. J’en reçois pas plus que les autres. Je ne suis pas une victime. C’est injuste l’autarcie de l’art. Il faut exister en silence. Il faut lutter par le silence.

J’ai bien envie. De partir en voyage, de me saouler la gueule, de faire le beauf avec mes pantoufles et mon caleçon trop grand, de jeter ma télé par dessus un pont, d’organiser la Journée Mondiale de la Destruction des Télévisions. On se réunirait sur un pont, chacun viendrait avec sa télé et la jetterait par dessus le parapet. On s’applaudirait pour cet acte courageux. Nous organiserions la rupture en créant le silence. Le silence est une arme contre cette tyrannie du tout dire.

Je n’ai plus de télé. Alors je brûle des allumettes dans mon cendrier, allongé sur un tapis de peau de bête, le sexe à l’air. Mes couilles retombent bien, relâchées et molles, hors ce slip trop moulant en lycra dont on ventait les mérites dans ce spot publicitaire: «Fini les couilles qui rebondissent! Un slip moulant, c’est marcher plus vite en avant». Le silence est nu.


Je peins des horreurs. Il faut vous l’avouer. Le beau n’est pas mon combat. Est-ce l’expression de la Révolte ou ma haine des bourgeois et des curés, votre idéal de consommation ? L’art est un acte politique. Mais tout cela vous fait décidément sourire... Mes horreurs me racontent des choses formidables ! Ceci est ma révolte silencieuse.

Je m’égare souvent parce que je me dis artiste vrai qui cherche. Et comme dirait ma mère: «celui qui ne cherche pas, jamais ne se perdra. Mon fils, j’aurai aimé savoir chercher. Chercher, ça c’est un beau métier». L’égarement, c’est la finalité de ma recherche. La liberté.


Je roule dans une grosse BM noire. J’effraie les piétons, je klaxonne les mémés. Je frime à mort et je mets mes lunettes noires même quand y’a pas de soleil. J’aime bien l’ergonomie du tableau de bord de ma BM, même si j’ai du mal à toucher les pédales. Car il faut vous l’avouer, les BM sont faites pour les grands. Les riches seraient-ils grands? C’est une ques- tion à poser aux ingénieurs allemands. Il faudrait que j’achète un coussin de siège, mais ça colle pas à l’esprit BM.


J’avoue m’être trompé. Il m’a fallu du temps pour le reconnaître. La vérité est ailleurs, dans ce que je n’ose pas encore dire. J’ai fait le malin, l’arrogance du jeune premier, du génie en herbe, la résistance du combattant de l’inutile. Mais j’étais seul dans ma tranchée, à tirer des coups en l’air, à viser l’ennemi invisible omnipotent. Tranchée d’avant garde, de ma guerre virtuelle, dans un décor de film télévisé.


Je voulais être joueur de foot. Beaucoup d’artistes aiment bien le foot. Quand j’étais môme, je jouais bien au foot. Alors avec mon copain José, on s’est inscrit au club local. L’entraîneur m’a tout de suite détesté. Sans doute parce que je jouais mieux que son fils. J’étais un danger potentiel pour la carrière de son fils. Et voici comment un entraîneur à la noix a gâché la carrière de mon talent véritable.


J’ai un idéal auto-gestionnaire. Alors je suis en décalage. Au boulot, mes collègues voudraient que je sois un vrai chef. Le partage des responsabilités, des salaires, l’auto-quelque chose, tout ça, ils ne comprennent pas. «Ça ne marchera pas, me disent-ils. Nous, on veut un Chef, une Autorité. Fais nous mal, sois méchant s’il te plaît». C’est ça travailler en intelligence? L’auto-gestion, ça s’apprend, tout comme la démission et la soumission.


Le soir, je suis terriblement fatigué. J’ai pas l’énergie de la révolte. Alors, je regarde la télé en silence. Je mange froid. Je bouquine ensuite mais je m’en- dors trop vite. Je baise de moins en moins. C’est pour ça que j’ai pas d’enfant. J’ai une activité sexuelle honteusement passable. En plus, elle est petite . Enfin, je crois. Je n’en parle pas avec mes amis du même sexe. C’est tabou, les contre-performances. Les mâles sont discrets de ce côté là.

Appartement de le rue Régale - Nîmes - 2004-2006

RUE REGALE - NIMES (2004)


Je quitte Paris pour m’installer dans le Sud, à Nimes. Je loue un grand appartement dans la zone piétonne, à M. Blanchard, personnage même de l’avare. Il est antiquaire, sensible au mode de l’art. 

C’est Margot, ma belle-fille ado adorée qui a fait la vidéo de mon appartement-galerie. Je peux enfin m’exposer. Je suis partout dans les quatre pièces de ce 150 mètres carrés.


J’ai revu Pierre Souchaud en 2007 (?) sur le stand d’Artension, dans un salon d’art à Nîmes (Arténîmes) qui me disait que les temps avaient changé et que l’article que je lui avais fourni ne serait plus possible. Je l’ai senti désabusé, présence forcée dans ce salon qui voulait se la faire contemporain.

EN SITUATION - LISE ET MOI (2007)

Série d’autoportraits. Photographies sur des affiches de publicité Lise Charmel. Ou comment vivre LE fantasme éveillé : je tombais éperdument amoureux de ces créatures des abris-bus terriblement belles. Je passais mes mains sous leur culotte et leur faisais l’amour tendrement. 

Quelle indécence ? La mienne ou celle du directeur artistique de la marque ?

MEDIUMS (2024)

Recyclage et sobriété sont les maîtres mots pour les médiums 

que j’utilise dans la plupart de mes oeuvres : 

- Emballages en polystyrène, mousses, plastique

- Papier mâché à base de cartons recyclés

- Cartons et papiers récupérés

- Terres naturelles excavées (en Castille) et préparées en pigments

- Peintures industrielles, matériaux de BTP en solde 

- Toiles, cadres et fournitures dans les surfaces discount

- Matériaux divers dans les vides-greniers

- Bois récupérés

EN SITUATION - RÊVE (2025)

Rêve masqué - Autoportrait


J’ai fait un rêve, et comme il restait longtemps incrusté dans ma tête, j’ai voulu le réaliser. Signe de mon inconscient qui voulait me dire quelque chose ? Je me voyais porter un haut de forme et redingote blancs, avec le visage recouvert d’un tissu et loup. J’ai acheté les accessoires et j’ai posé dans le jardin. J’ai demandé à une IA de me créer cet environnement :

« homme tout habillé de blanc, porte un chapeau haut-de-forme blanc, une cagoule blanche et un masque loup noir, une redingote (ou veste en queue de pie) blanche. Torse bombé, bras en arrière écartés, il approche de la caméra, tête légèrement penchée. Fond blanc, immeuble monochrome bleu clair. »

Moi-même, lorsque j’ai posé, je n’ai pas vraiment respecté cette description. Je me suis senti plutôt crispé, et j’ai reproduis plutôt les mimiques d’un débile mental. Et je n’ai pas osé faire les photos devant les immeubles de ma rue comme je le voyais dans mon rêve. 

Il me reste plus qu’à décliner mes photos en peinture et estampe.

REPERES (2025)

L’artiste a-t-il une possibilité d’existence en dehors du marché de l’art ? Le silence est une réponse. 

LE SILENCE DES VAINCUS N’EST-IL POINT UN SECRET ADMIRABLE ?

Qu’est-ce qu’un Vaincu ? Un perdant magnifique. Le silence est un acte de résistance contre la société du Spectacle qui a une nécessité vitale de parler. Boycott des Institutions du Spectacle ? Je fais une grève du zèle. Je ne montre pas le désir de montrer. Je me tais, je poursuis mon oeuvre patiemment, dignement, un art vital et TOTAL.

Finies les hagiographies exemplaires ou misérabilistes et trompeuses. Place à une nouvelle vision globale où chaque artiste devient anonyme.

La renaissance de la collectivité artistique est la mort de l’individualité. L’artiste n’est que le représentant fragmentaire d’un certain état de NOTRE Culture. 

Plus d’individus héroïques, seulement la force potentielle d’un collectif engagé à se positionner parmi les siens et les faits.

Qu’est-ce qu’un artiste ? Un humain ayant atteint le dépassement de soi. Emancipé. Qui créé en dehors de toute forme d’égotisme. Qui a un idéal de société. Un homme du commun, ascète ou débauché. Qui regarde les autres. 

La lutte peut être silencieuse, c’est sa forme la plus perturbante car invisible et indétectable.

Le combat peut être humble et solitaire, car l’engagement le rend digne.

Je crois en l’Art qui peut changer tout le monde.


Alors montrer ? Comment montrer une offre artistique devenue pléthorique ? Je ne suis plus unique et génial, je suis d’une intelligence égale et je fais corps avec une multitude d’artistes aussi doués que moi. 

Comment montrer l’immense richesse de toutes les propositions artistiques que produit notre société ? 

Certainement pas en faisant de la sélection l’unique critère de pertinence. L’enjeu n’est pas une sélection exemplaire, mais une ambition holistique.

La sélection est injuste, elle écarte les perdants d’un canal de médiation arbitraire et autoritaire, contrôlé par une caste de jurys auto-proclamée. La sélection induit une compétition disproportionnée, variable suivant les cours du Marché. La compétition produit le classement qui donne la valeur d’échange aux créations. La sélection devrait être bannie de toute relation idéale artiste-spectateur. Rompre ce processus de création de valeur symbolique ? L’artiste est-il seulement d’accord ? 


Je décide seul et en pleine conscience de me rendre visible ou pas. Mes critères de ma propre sélection d’invisibilité sont mes niveaux d’honnêteté et d’engagement. L’artiste honnête s’engage dans une proposition dont il est responsable moralement. Sa réussite de visibilité est indépendante du contenu de sa proposition. Il faudrait inventer des espaces libres d’exposition, sans sélection, sans communication, sans critique. Comme un cinéma de quartier, entre le tabac et la pharmacie. On y rentrerait librement pour s’évader avec des images, sans statistiques ni résultats. Ce serait à nous tous  de financer cela. On devrait éduquer les gens à l’estime de soi.


Pour ma part, offrir des exemples d’action globale :

dans la diversité de ses productions,

dans un échange inter-personnel engagé, certainement dans l’atelier,

dans un espace public inattendu, de façon anonyme, sauvage et éphémère, 

dans des modes de diffusion contrôlés par l’artiste,

dans une variété d’espaces institutionnels si la proposition d’exposition est conçue comme un ensemble intégral qui fait sens à l’artiste. 

Par exemple, penser l’exposition dans une cohérence décorative, ou proposer une histoire, une réflexion, une progression personnelle ?

A suivre …