[mes] écrits
L’écriture est une autre compagne de voyage. Elle me rassure et me donne le sentiment d’une coexistence parmi vous. Car mes images me font partir trop loin, elles parlent une autre langue que je ne sais vous traduire.
Je devais avoir quatre ou cinq ans quand mon parrain m’offrit pour Noël un taureau téléguidé. C’était une petite machine extraordinaire qui avait son mécanisme recouvert d’un velours noir très agréable au toucher. La bête avait de petites cornes blanches en plastique et tenait dans sa gueule un chiffon rouge. Ses yeux tout ronds de verre irisé étaient censés le faire rendre méchant. Mais on me l’a fait pas à moi, petit-enfant-espagnol-des-corridas que j’étais. Le câble de contrôle lui sortait du trou du cul et en actionnant les boutons de la télécommande, on pouvait soit le faire avancer, soit le faire bomber du dos, soit lui faire sortir de la fumée par son museau. Très vite, il n’y eut plus de fumée. C’est alors que je fis ma première opération chirurgicale avant que je m'attaque aux montres de mon père ou toute autre mécanique …
Je voudrais poser sur ce papier ma collection de souvenirs, impressions et émotions sur la tauromachie. Vécue dans une tradition familiale espagnole, je vais essayer de vous raconter l’héritage que l’on m’a transmis. Des fois, ça prend la tournure d’un exposé scolaire, illustré de photos personnelles prises en Espagne (1990’) et d’une série de tableaux dont le dénominateur commun est l’utilisation de terres de Castille. Je n’arrive pas à faire le lien entre l’écrit et ces illustrations. Il faudrait écrire une suite à ce récit.
Deux recueils de poèmes, lettres et écrits qui accompagnent mon parcours créatif.
Les recueils n° 3 (Ellle) et 4 (journal du labyrinthe) sont en cours.
LETTRE SAUVAGE
J’aimerais vous écrire comme un sauvage, c’est-à-dire vous exprimer ma pensée première, la moins souillée par mon savoir, loin des convenances sociales et des justifications de l’esprit. Mais êtes-vous prête à entendre ce qui pourrait vous effrayer de moi ?
En vain, ma pensée n’est pas moderne. Le succès de ma séduction dépendra d’une concordance de temps. Au passé, je serais ringard, au futur, je serais maudit. Il faut savoir vivre le présent. Mais notre époque n’est pas prête à tout conjuguer.
J’ai un besoin vital de vous écrire. Ici, en cet instant particulier, je suis en attente d’une idée admirable à vous dévoiler et qui ne viendra peut-être jamais. Il est des hommes merveilleux qui ont cette faculté de raconter. Et je ne sais vous parler. Seulement crier mon amour pour vous et ma haine pour la société. Etes-vous prête à tout entendre ?
Voici une sensation première : le sang qui coule en moi parfois me fait très mal. Avez-vous déjà ressenti cette impression ? Concentrez-vous sur le bras qui soutient votre tête ? Vous imaginez maintenant votre bras sans peau. Vous voyez le système nerveux et le réseau sanguin ? Il faudra imaginer une multitude de tuyaux. Et maintenant vos sentiments amoureux se déversent comme une chasse d’eau. Vous entendez le liquide rougeâtre s’écouler ? Cette tuyauterie est flexible et en permanence irriguée. Imaginez une crue. Comme un trop plein. Il y a trop de sang. C’est le sang du printemps, le dégel. C’est çà, cette sensation de vos veines trop gonflées, c’est la renaissance de vos sensations. Vous avez en vous trop de sang. Parce que vous avez trop d’amour et cela meurtri votre corps, votre bras en particulier qui soutient la tête. A l’inverse, lorsque votre tête est vide, le corps ne s’exprime pas. L’amour peut donc vous faire mal. Alors, par crainte d’avoir mal, vous tarissez vos sentiments. Alors, nos corps se dessèchent lentement. Nous restons figer dans un désert sentimental.
Lorsque nous faisons l’amour, je voudrais me fondre en vous, que nos sangs se rejoignent. Votre sang me fait mal et nourrit mon esprit. Je reste seul et mon corps réclame cette surcharge organique et émotionnelle. Votre sang irrigue mes plus folles pensées. Vous souriez lorsque je vous demande de me photographier recouvert de fleurs. Votre sang me fait pousser des fleurs. Je me couvre de votre sang menstruel. Surchargé de votre sang, je suis une verge en érection. Je nage dans une rivière pourpre. Mon amour est écarlate.
Comprenez-vous cette poésie sauvage ? Vivre ne me suffit plus. Je dois me surpasser. Au-delà du langage et des poésies convenables. L’homme sauvage ne sait pas parler avec mesure. Seule notre intimité pourra m’éloigner des rivages de cette folie. J’ai besoin de vos rêves. Je cherche la poésie que vous possédez sûrement. Car vos rêves reflètent l’ état sauvage qui est en vous. Souhaitez-vous redevenir sauvage comme moi ? Sauvage par le plaisir du sexe, par la beauté des mots. Lorsque vous me prenez par la verge, je revois ma forêt, ma maison dans les arbres, et me mets à chanter. L’amour premier. Le sauvage redevient enfant, et se met à pleurer, enfin.
Nous sommes juste de passage. Nous sommes sur Terre pour aimer. Je ne vois pas d’autre explication. Pourquoi nous acharnons-nous à rendre notre existence misérable ? Seule la poésie pourra nous délivrer de cette absurdité. Alors, avant de mourir demain, aimons-nous encore une fois.
Je suis heureux de vous avoir rencontrer et je me mets à danser au milieu des fougères. Vous révélez en moi les démons qui me traversent. Je prends conscience de la musique électrique qui émane depuis mes entrailles. Mon corps est en transe, je vous récite des poèmes incantatoires, en stéréophonie. Spasmes, secousses, membres désarticulés, le trop plein de sang jaillit par ma bouche. Ma danse jubilatoire n’a pas besoin de mot. Mon corps seul exprime la sensualité de votre esprit.
Ma belle absente qui s’ennuie dans son lit, j’ai tant de rêves à te montrer. Réveille, je suis près de toi. Regarde-moi vibrer, sourire et tourner. Viens, je t’emmène dans la nuit, et tes rêves aussi. Viens voir les étoiles, le ciel de ma vie, les sphères de notre passion.
VIENS, JE T’AIME. Ceci sera le cri de mon trépas.
LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME.
Espagne. Penascoca, minuscule trou du cul du monde. Séjour amère.
Sur la route de Bogarra. Kilomètre 12. Croix blanches (taille humaine) peintes sur des parois rocheuses. La ferme se nomme « Los vidrios ».
- Les croix blanches sont peintes le 3 mai, jour de la Croix, « pour éviter la foudre » (para que no caiga la piedra), me dit le berger. L’homme était assis à l’ombre d’un figuier. Chaque année nous les repeignons. Sur les murs de la ferme, mais aussi partout ces parois alentour.
- Et la foudre n’est jamais tombé ici ?
- Non, non, jamais à ma connaissance, me dit-il avec un sourire ironique (du genre « mais oui ça marche, même si tu n’y crois pas »).
De Bogarra a Ayna, kilomètre 23, Tour ocre maure de Haches, champs d’amandiers sur terre ocre rouge, village de Haches au fond du paysage. Je n’ai pas pris la photo. Par lassitude.
Il faut écrire pour devenir célèbre. Je pourrais vous détailler ma journée pour vous convaincre que j’en vaux la peine. Sur la route de Bogarra, au kilomètre 12, j’ai repéré une dizaine de grandes croix blanches, peintes sur des parois rocheuses, dont trois sont peintes sur le mur, orienté à l’ouest, de la ferme . Il faudrait aller à la Mairie, leur demander le nom du site et s’ils connaissent l’histoire de ces croix. J’y retournerai demain pour interroger les fermiers, si j’arrive à les trouver, car ce matin, je n’ai été reçu que par leurs chiens hurleurs. J’imagine une histoire locale de la Guerre Civile Espagnole : à cet endroits sont morts exécutés de braves républicains… j’aimerais faire un travail sur la mémoire de ce lieu. Qui a pu peindre ces croix ? Et pourquoi ? Et quels étaient les noms de ces malheureux anonymes ? Retrouver leur famille, exhiber leur photo, réfléchir à un in-situ avec tous les éléments récoltés de mon enquête. Peut-être serais-je déçu lorsque le paysan me répondra qu’il ne sait pas ou que lui-même a marqué l’endroit précis où sont mortes ses chèvres préférées. Comment s’appelaient-elles ? Pourra-t-il me donner leur photo ? Pourquoi pas d’ailleurs, cela pourrait être un bon prétexte à une exposition, la dérision en prime.
Devrais-je aussi vous dire que ce matin j’ai écris une lettre avec les poils de mon corps, mon cul, mon torse, mes bras et jambes, beau vivier de poils en tout genre ? J’ai même réussi à écrire distinctement mon nom COPETE, en une écriture très cursive. Je pourrais aussi vous décrire mes sensations exactes, en ce moment précis, assis à l’ombre de ma terrasse, vue sur la colline boisée et le cerisier où viennent batifoler les oiseaux et les papillons, les fourmis mangent le tronc, les mouches, bourdons, abeilles et autres ovnis, chacun bien identifiable à leur vrombissement.
Mais, je n’ai pas le talent d’un « neo-proustien », capable de vous détailler à la seconde près, la vie de ce village castillan où je viens accompagner ma mère. Encore pourrais-je essayer ? Mais je sais ce qu’il manque à mon talent : c’est avant tout un problème technique, un problème de débit d’informations entre mon cerveau et les lignes de ce manuscrit . j’ai une mémoire –tampon trop courte, comme lorsque vous gravez un CD et que votre ordinateur vous affiche un message d’erreur : « Error Failure. Capacité dépassée. La mémoire tampon de votre graveur est inférieur au débit d’enregistrement constaté. Veuillez recommencer en réglant une vitesse de gravure inférieure ». Le problème de l’écriture, c’est que les idées géniales apparaissent comme des flashs, et qu’il faut posséder cette capacité à les stocker provisoirement pour ensuite pouvoir les formuler généreusement.
J’ai une écriture fractale. Voilà une idée qui m’est survenue à l’instant. Je ne sais pas vraiment ce que cela peut vraiment signifier. Je crois avoir lu une expression comme « pensée fractale », le contraire, me semble-t-il, d’une pensée ordonnée, organisée. Mais peut-être délirai-je car je suis sen train de réinventer le sens de fractal. Admettons donc le sens de chaotique. J’ai donc une pensée chaotique. En apparence seulement, car tous les mathématiciens honnêtes vous diront qu’il existe bien une structure fractale. Mais finalement, c’est sûrement une belle connerie que je suis en train de vous raconter et que mon expression, « pensée fractale » que je trouvais géniale, n’est que le reflet de mon idiotie et mon ignorance.
Indéniablement, la technique de la belle écriture est fondée sur un rapport étroit à la mémoire. Ceci implique de maîtriser la mémoire courte, afin de savoir capter l’instantanéité de la pensée.
Je voudrais avoir un enregistreur de pensées, directement connecté à mon cerveau, qui me permette de vous délivrer mes plus belles idées, pour vous , les Humains. Je dois avoir un canal obstrué, le canal « bulbo-rachidien-littéraire », une pathologie nerveuse non encore identifiée. Peut-être aussi que mes pensées se transforment directement en pellicules, car j ‘ai une tendance pelliculaire très prononcée ? C’est comme une paresse, une fatigue constante qui m’empêche de concrétiser mes réflexions. Est-ce là le signe d’une profonde aliénation ? Le temps à disposition pourrait-il compenser ce trouble si je faisais de l écriture ma profession ?
Cette technique de la mémoire courte, « le réflexe littéraire », est-elle complémentaire de la mémoire dite « longue », à caractère encyclopédique, et qui n’en serait qu’une sélection ?
J’ingurgite, donc je suis. Lire, écouter, voir, sentir et stocker toutes ces données dans le disque dur de son cerveau ? Je suis impressionné, mais non admiratif, par tous ces dictionnaires médiatisés, ces personnes « cultivées », qui se donnent une contenance sociale par leur étalage de savoirs précis et appliqués théoriques. Je lis pour connaître et pour exister. Mais la culture n’est pas une performance du savoir. Moi même, je serai incapable de vous faire un résumé sérieux de ma dernière lecture. Je viens de terminer « l’anti-manuel de philosophie » de Michel Onfray. C’est un professeur extra-ordinaire, qui sait relier la philosophie à la vie. J’ai vibré à la lecture de ses pensées et explications. Ca m’a remis en place quelques connexions neuronales. Voilà ce que je vous en dis. Mais vous dire ce que j’ai compris, ou pire paraphraser, prétendre à philosopher… Je sais que cela est bien en moi, que cette connaissance me sert à fortifier l’édifice de ma recherche. Tout cela est de l’ordre du senti. Puisse-t-il transpirer par mes propres pores.
Mémoire courte obstruée, mémoire longue volontairement effacée, par quels moyens pourrai-je compenser ? l’idiot est il un homme sans mémoire ? Je sais, ai-je dit, mais je ne me rappelle pas. J’ai oublié les dates, les lieux, la chronologie, mais je comprends l’histoire, vos histoires. Je ressens, c’est en moi, je vous comprends, je vous situe, et je m’adapte. Je vous aime. Lorsque j’étais gamin, mes parents me foutaient devant ces jeux télévisés culturels, « des chiffres et des lettres » : « consonne, consonne, voyelle, consonne, 25, 50, 2, 4 et 50. 50 moins 4, 46, multiplié par 25, plus 50, moins 2, le compte est bon ». Acculturation, culture dégradée du populaire. Aujourd’hui, c’est plus volumineux, des millions en prime. Toujours être le meilleur, dans chaque spécialité, apprendre les Robert, s’ingurgiter des Universalis sur DVD ROM avec clips vidéo gratuits, s’enfler le cerveau, s’empiffrer de connaissances inutiles, être le maître de la ponctualité déficiente et du détail obscur. Un jour, j’ai refusé cette intelligence là. Je sais qu’il y a en moi un autre discernement que je transpire, qui me sert à écouter les gens, à détecter les sous-entendus, à comprendre les silences et les regards. Je cherche à comprendre l’autre parce que je le ressens. Je pense qu’un dialogue véritable est de l’ordre de la création, lorsque l’écoute respective et l’enchaînement des interventions entraînent la découverte et la formulation révélatrice d’idées nouvelles pour chacun. Alors seulement, dans cette révélation, a-t-on le droit se sentir moins con. L’authenticité produit des passions. L’intelligence doit vaincre les religions et les cultes du savoir débile.
Je suis donc idiot par mon savoir oublié, mais je sais ce que je sais et que je tais. Je sais donc qu’il existe des formes d’intelligence primaire, une poésie de l’inconsistance, qu’elle doit être généreuse et communautaire, car elle doit être nécessairement partagée, et en donnant ainsi on reçoit et on vit, et tout cela implique un rapport sincère aux autres. Ainsi peuvent naître la sympathie et l’amitié, les sentiments authentiques, discerner les personnes que l’on aime. On aime sans savoir pourquoi, parce qu’on respecte peut-être, parce qu’il faut savoir aussi se taire volontairement, pour que s’ouvrent des espaces de discussion, ce qui nous permettra de retrouver de véritables espaces de publication. Ceci sera une psychothérapie amicale. Alors, il faudra juger ceux-là qui ne se parlent qu’à eux-mêmes, les détestables, et les autres, ceux-ci qui ouvrent leur cœur, comme pourraient dire les curés.
Je veux être votre confident, vous les Hommes, le photographe de vos rencontres, votre ami de circonstance et de passage. Voilà pourquoi je serai célèbre. Parce que je serai le meilleur ami de l’Homme.
La poésie existe encore. La poésie est partout. La poésie rend libre. La poésie me fait aimer les autres. La poésie me délivre jusqu'au bout.
Je suis fait d'amour et de haine. Je fais tout et rien. Je vous découvre, essentiellement.
Peignez, Sculptez, Ecrivez, Filmez, Photographiez, Bricolez, Faites du sport, esthétiquement,
Devenez, tous, poètes du quotidien. Criez votre humeur, Racontez-moi vos utopies,
L’art n'est que poésie.
La télévision est notre avenir. J’y vois le monde déformé.
La télévision vit ses propres drames et comédies. Avec ses égéries, ses femmes tellement belles, ses corps parfaits, ces figurines héroïques sont les preuves de mon existence et de ma solitude aussi. Je traque leur réalité. Et alors surgit une autre vérité : ces héros fabriqués dévoilent leur monstruosité. Traces de notre devenir ? Le flou est une figure de style et pose le point d'interrogation.
La série MyTV a été déclinée en plusieurs carnets et diaporamas de 20 photos couleur, avec défilement continu de gauche à droite, au rythme d’une image toutes les 25 secondes (transition sur 12,5 secondes).
L’instant mal photographié dévoile une autre réalité, magique. Au balayage frénétique et vertical de la télétransmission, j’oppose le défilement lent et horizontal du diaporama. Cette cadence de transition pose le problème de la contemplation à l'heure des nouveaux médias. Aux lumières naturelles, s’opposent des esthétiques qui nous éblouissent par la force des lumières électroniques. Ces présentations dévoilent une télévision devenue système à fabriquer des mythes. Et derrière ces images, il y a des pudeurs que je n’ai pas encore osées nommer.
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